La transition digitale du marché de l’art : boom du e-commerce

De nombreuses entreprises se sont développées depuis le début des années 2000 dans le e-commerce autour des œuvres d’art et objets de collection. Anticipant ce virage décisif, Ebay a racheté dès 1999 la maison de vente Butterfield & Butterfield lui assurant une marque pour proposer librement à la vente de manière légitime des objets de collections. En mars 2015, c’est la maison de vente Sotheby’s qui annonce un partenariat avec le géant de l’e-commerce sous la forme d’une interface commune après s’être associé 15 ans plus tôt avec Amazon pour proposer des produits de moyenne gamme à la vente en ligne. Une certaine méfiance surgit de la part de marchands et collectionneurs lorsqu’il s’agit des garanties d’authenticité liées à l’achat en ligne. Ebay avait choisi au début des années 2000 de ne garantir que les biens appartenant au “Great collection”. La méfiance est forte en 2000 également chez Christie’s dont les priorités sont d’accélérer ses enchères et non de se positionner sur le numérique.

Que reste t-il aujourd’hui des premières plateformes transactionnelles lancées à la veille de l’an 2000 ?

Mac - Marcin Novak

Yahoo a été l’un des pionniers en lançant Yahoo auctions. A l’époque, le journal des Arts relevait quelques belles ventes réalisées par la société américaine comme celles d’un Picasso, d’un Rembrandt. Désormais la plupart des plateformes comme franceantiq.fr, belgiumantiques.com, antiques-world.com ou artdealers.org pour les antiquaires sont aujourd’hui peu connues. Cependant elles ont le mérité d’initier un mouvement et d’opérer un premier changement des mentalités. Certains marchands comme Antoine Laurentin sentent la nécessité de se regrouper sur des réseaux, à l’époque des annuaires, de la même manière qu’ils s’étaient regroupés par quartier.

Quinze ans plus tard, il n’y a guère qu’Artprice qui a traversé le temps sur un concept totalement différent en devenant le leader en matière de données sur l’état du marché. Le marché de l’art est l’un des secteurs dont la digitalisation est la plus longue. On le remarque encore aujourd’hui notamment en France, des craintes demeurent quant à la dévalorisation d’une œuvre ou du marque qui serait présente sur les réseaux sociaux. Drouot a par exemple proposé une conférence à destination des professionnels d’art, des marchands sur la bonne utilisation des réseaux sociaux (facebook, twitter, instagram) dans le matché de l’art. Si on voulait dater le véritable tournant numérique du marché de l’art, il faudrait le situer à la suite de la crise de 2008. Dans ce contexte où les liens entre l’art et la finance sont de plus en plus étroits, une part des collectionneurs ne cherchent pas tant les œuvres d’art pour elles-mêmes que pour leur valorisation future. Le phénomène de financiarisation a instauré une distance entre le collectionneur et l’œuvre. Dans le contexte de la dématérialisation cette distance ne constitue plus un obstacle. D’une certaine manière la financiarisation a préparé un terrain favorable au boom du digital.

Un ensemble de plateforme d’e-commerce font alors leur apparition. Chacune affiche une spécificité mais pour toutes l’objectif est le même : vendre des œuvres d’art de moyenne gamme en quelques clics auprès d’un public de néophytes. En 2009, la sortie de la plateforme américaine Artsy est annoncée comme imminente mais il faut encore attendre quelques années de développement pour un accès libre. Les développements sont d’autant plus longs dans ce secteur que la mise en valeur des images, leur visualisation et accessibilité sont primordiales. Depuis 2012, on peut acheter des œuvres d’art sur pléthores de plateformes (Artsper, Kazoart, Artfinder, Expertissim, Artspace, Artvizer…) en direct avec les artistes, ou par l’intermédiaire de marchands, chacun trouve son modèle économique en prenant ou non des commissions sur les ventes. L’année dernière Artsy déclare avoir vendu pour presque 5 millions d’euros d’œuvres d’art. Le commerce d’art en ligne se développe rapidement. Il a représenté en 2014, 2,64 Milliards d’euros et augmente d’environ 20% par an.

La transition numérique du marché de l’art participe d’un phénomène de démocratisation mais également de valorisation des œuvres et de visibilité des acteurs. Chacun peut étendre son réseau de partenaires, de clients, de supporters dans le cas d’artistes émergents par exemple.

A côté des plateformes de e-commerce, certaines startups ont choisi de proposer des outils de gestions des collections comme Collectrium achetée en février 2015 par Christie’s ou bien Artbinder.

Malgré l’offre, certains marchands et professionnels de l’art ne voient pas encore la killer application.

 

Sources utilisées :

Malvoisin A., 1999, “Marché de l’art et Internet : premier état des lieux à la veille de l’an 2000”, Journal des Arts, n° 95, 17 décembre 1999.

Paulais J., 2015, “Sotheby’s s’associe à Artsy pour une vente en ligne”, Journal des Arts, 11 septembre 2015

 

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