Des risques d’ubérisation pour le marché de l’art ?

Ubérisation, désintermédiation… la numérisation d’un secteur passe le plus souvent par une transformation profonde des modes de fonctionnement de celui-ci. Peu d’articles traitent de ces sujets, je recommande celui de Marion Dupuch-Rambert paru en 2016.

Depuis 2010, le marché de l’art, jusqu’alors l’un des derniers secteurs épargnés par la vague du digital, va connaitre des boulversements sous le coup du développement de nombreuses startups technologiques. Ces plateformes digitales transposent en ligne l’ensemble des activités existantes  dans le monde  de l’art : la transaction, la curation,  l’inventaire.

On peut donc parler d’innovations technologiques qui supposent une adaptation des acteurs du marché de l’art à cette nouvelle réalité mais on ne peut pas encore parler d’ubérisation du secteur. Les progrès avec la blockchain permettent cependant d’envisager à court terme une ou des ruptures.

Les transactions en ligne

Le marché de l’art est très différent en Europe continentale et dans les pays anglo-saxons. Tandis qu’en France, les marchands d’art considèrent pour la plupart que la diffusion d’une oeuvre d’art en ligne, fait chuter sa valeur en rendant relative la notion de “rareté”, outre-atlantique les marchands adoptent les outils de vente en ligne rapidement.  Le digital devient logiquement   un nouveau canal de vente pour les petites et moyennes galeries qui cherchent à étendre  leur réseau.

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Une croissance continue depuis la crise de 2008

 

En même temps que l’arrivée du digital, le marché de l’art est en forte croissance après la crise de 2008. Les pays émergents deviennent très actifs et le nombre de collectionneurs se multiplie. On estiment en 2010 à 70 millions le nombre de collections privées à travers le monde alors qu’on en estimait seulement 500 000 en 1950.  On peut donc parler d’explosion du marché de l’art en plus d’un élargissement spatial vers des pays encore périphériques quelques années auparavant.

Les plateformes de vente prennent plusieurs formes : vente directe et enchères. Les transactions sont cependant concentrées sur le bas de marché (prix de vente <5 000$) car la vente en ligne implique des risques que la technologie commence seulement à résoudre grâce à l’authenification des oeuvres. L’autre raison, c’est que les acheteurs sont de très jeunes collectionneurs qui débutent leur collection. Ils misent donc massivement sur les artistes émergents.

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Le marché de l’art en ligne (2015) Source : Hiscox Report

La vente en ligne n’est pas restée l’apanage de quelques startups.  Les grandes maisons de vente ont lancé leurs propres plateformes pour rester compétitives. Il s’agit pour eux d’attirer des collectionneurs plus jeunes et connectés. Christie’s, Sotheby’s et désormais Drouot ont développé un département dédié aux ventes en ligne. En décembre 2016, la maison de vente française annonce la création de Drouot Digital. Cet ensemble regroupe la société Next Stage et Expertissim qui avait autrefois “nargué” la maison de vente. Le nouvel ensemble réunit  les 120.000 membres inscrits sur les plates-formes Drouot Live (qui retransmet les ventes aux enchères sur Internet) et Drouot On Line (ventes en ligne), ainsi que les 80.000 membres d’Expertissim. La maison de vente, très peu positionnée sur le digital espère devenir un leader européen.

Des ambitions très fortes alors que le marché français n’évolue finalement pas sur les fondamentaux. Le modèle traditionnel persiste chez les marchands, commissaires priseurs.

Parmi les plus importantes plateformes de vente en ligne, on peut citer : Artsy (2008), Artnet (1989), Artbinder (2010), Artsper (2013), Saatchi Art (2006).

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Les ventes en ligne : un enjeu pour les marchands

Autre article sur ce sujet

Gérer sa collection d’art en ligne

Après les marchands d’art et les galeristes, l’autre acteur important du marché de l’art est le curateur.

Le gestionnaire de collections dispose de softwares  pour gérer les oeuvres et enrichir les collections grâce aux données fournies par des bases de données. Collectrium et Artbinder ont certainement été les pioniers sur ce type de service. Particulièrement simple et sécurisé, ce type de service permet une grande transparence dans l’état des lieux et l’inventorisation d’une collection.

Collectrium permet de « savoir où se trouvent les objets, qui sont les artistes, leurs expositions à venir, stocker factures, documents et images de façon illimitée. Cela concerne les œuvres d’art mais aussi d’autres domaines comme les montres ou les automobiles », explique le manager Jean-Baptiste Costa de Beauregard, basé à Paris. L’entreprise fondé en 2009 compte près de 30 000 clients parmis les 450 000 collections privées qui auraient besoin de ce type d’outil. Nous sommes donc au prémice de ce mouvement et beaucoup de collectionneurs fonctionnent encore à l’ancienne.

Afin d’enrichir les collections, des entreprises telles que Artrpice peuvent fournir des informations récentes sur les dernières ventes et la cote actuelle des artistes collectionnés. Chaque année, de nouvelles startup exploitent encore davantage les données du marché de l’art pour offrir une connaissance encore plus fine du secteur aux principaux intéressés collectionneurs, curators et experts. Ces sites sont parfois très spécialisés comme artkhade qui fournit les résultats des ventes sur les marchés d’art ancien, d’asie, d’afrique et d’océanie. www.artkhade.com

Les plateformes de gestion de collection répliquent comme les marketplaces une pratique bien plus ancienne, celle des inventaires. Avec internet, cette tache devient plus simple, plus fluide, plus efficace, les informations sont plus fiables mais il n’y a pas réellement d’innovation -autre que technologique-  dans cette démarche. En 2015, la maison de vente Christie’s acquiert Collectrium afin d’accroitre son portefeuille de clients. Les clients de Collectrium qui souhaitent se séparer d’un object de leur collection passe désormais par Christie’s, partenaire de premier choix.

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La gestion des collections : un enjeu pour les “curators”

Le plus grand musée du monde

  • Collections publiques

L’idée n’est pas neuve et beaucoup ont essayé de créer le plus grand musée du monde en réel ou virtuel. Google,  Artsy, WikiArt recensent des centaines de milliers d’oeuvres visibles dans les principaux musées à travers le monde afin de rendre accessible ces chefs d’oeuvres. Ces initiatives poursuivent l’entreprise des encyclopédies d’histoire de l’art. Rien de nouveau sauf que ces projets touchent au sujet parfois très sensibles de la “visibilité des collections”. Les musées amorcent petit à petit la digitalisation de leurs collections.  Le MET a mis en accès libre plus de 375 000 oeuvres, la National Gallery de Washington permet de télécharger plus de 45 000 images en HD,  de même pour le National Palace de Taipei qui autorisent le téléchargement de 70 000 images de reliques religieuses.

En France, les musées nationaux proposent aux développeurs d’accèder aux images via des API.

Paru en mai 2016, un article recensait justement les 20 sites qui permettait de télécharger directement les images des principaux musées du monde ou d’y avoir tout du moins accès. Le phénomène semble s’accélérer et prendre de l’ampleur.  Finalement, même si les oeuvres sont disponibles en ligne, les visiteurs, amateurs ou passionnées se déplacent toujours dans les expositions. Des réticences demeurent parmi les comités de direction de certain musée. Peut-on ici parler d’ubérisation ? Non plus, même si l’accès aux collections est plus immédiat, ce sont encore les musées qui partagent les oeuvres sur le Google Art Project, Artsy ou bien leur propre site.

 

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Les collections au coeur de la transition digital : rendre visible l’invisible

 

  • Collections privées

Les collections d’art sont cependant pour une grande partie privées et non visibles dans des musées. Ainsi le numérique peut permettre de faire connaitre, découvrir et partager une collection d’art. Uart, plateforme lancée en mai 2016, permet ainsi aux entreprises et particuliers qui ont des collections de publier leur collection. Véritable support de communication pour les hotels, universités, écoles, restaurants, hopitaux et entreprises qui ont des collections, Uart leur permet de mettre en avant l’originalité de la collection. Un moyen de se démarquer de la concurence et de positionner sa marque dans le secteur culturel ! Uart  permet de naviguer entre de nombreuses collections privées à travers le monde. La carte mondiale de l’art semi-public jusqu’ici inconnu se dessine peu à peu.

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Page d’accueil de www.uart.com

En savoir plus

La révolution technologique va t-elle ubériser le monde de l’art ?

Blockchain, Big Data, Bitcoin autant de notions qui paraissent encore un peu floues pour la plupart des acteurs du monde de l’art mais dont ils sont certains de l’impact sur leur métier. Les experts d’art pourraient bien avoir moins d’importance si les technologies de pointe permettent de reconnaitre le coups de pinceaux de l’artiste. Le big data est considéré commme l’or noir du XXIème siècle en raison des milliards de données que nous accumulons. Il en est de même dans le marché de l’art où l’information a toujours été infiniement précieuse : “Qui a acheté quoi ? Quand ? A quel prix ? Quels sont ses centres d’intérêt ? Qu’aimerait-il acheter ?”. Autant d’informations que les moteurs de recherche, les réseaux sociaux, les sites de vente en ligne connaissent.

En parallèle des bases de données connues (artprice, artnet, artinfo, artnews) se constituent des bases de données dispersées.

Pour l’instant, les professionnels de ventes aux enchères, les assureurs et les particuliers espèrent que le big data va leur permettre d’estimer le risque qui pèse sur tel ou tel artiste. La suite logique serait de pouvoir prédire à partir d’algorithmes les tendances du marché de l’art.

Le marché de l’art fait face à de nombreux défis en terme  de fraudes, d’authentification des oeuvres. La réponse 100% technologique est vaine car elle suppose que ceux qui la mettent en place soient des acteurs de confiance. La blockhain permet de tracer et sécuriser l’ensemble des opérations exercées par exemple sur une oeuvre mais comme le rappelle le rapport AXA consacré au Big data en octobre 2016 “la question de la vérification de la véracité de l’information se concentre autour de la donnée entrée initialement”.

La jeune entreprise californienne Verisart s’est lancée donc le défi de marquer numériquement l’ensemble des oeuvres qui entrent dans le système afin de permettre de certifier les ventes et d’assurer la traçabilité “parfaite” de l’image numérique de l’oeuvre. La révolution technologique semble offrir au marché de l’art de nouveaux moyens de libérer de l’information et de la contrôler sevèrement.

FiCole
Les collectioneurs soucieux de la traçabilité des oeuvres
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