Pantin est-il devenu le brooklyn français ?

Depuis 2013, un nombre croissant de galeries d’art ont choisi de s’installer dans d’anciennes friches industrielles réhabilitées. L’attrait pour les anciennes usines n’est pas surprenant car les marchands d’art doivent exposer des oeuvres aux dimensions hors-normes

L’art contemporain nécessite toujours plus de centaines de mètres carrés pour sa conception, son exposition et son stockage. La gestion de l’espace devient ainsi le casse-tête des galeristes qui choisissent pour certains de sortir des centres historiques. Leur décision contribue à transformer en hub artistique les anciens quartiers ouvriers. La commune de Pantin (93) accueille depuis 2014 un des espaces de la Galerie Thaddeus Ropac.

La friche devenue galerie d’art

Une ancienne imprimerie a ainsi été reconvertie en espace artistique. Une première dans le paysage français, suivie de près par la Galleria Continua (Boissy le Châtel) et la galerie Gagosian (installée au Bourget). Dans le cadre de mon mémoire d’urbanisme, j’avais choisi d’étudier ces trois acteurs aux stratégies de localisation bien surprenantes. Outre-atlantique l’exposition d’art dans d’anciennes friches est moins rare. A New-York, les quartiers de Soho et Brooklyn sont justement nés de cette manière. La mutation spatiale en hubs artistiques a pour corollaire la gentrification des quartiers. Ainsi, cette mutation spatiale vient boulverser les habitudes et les pratiques du quartier en attirant de nouveaux habitants. Un style souvent qualifié de “bobo” engendre une flambée des prix de l’immobilier, repoussant les populations locales en dehors de leur territoire. Parfois la “greffe ne prend pas” et le tissu urbain se craquelle, laissant apparaitre des zones réhabilitées au milieu d’un habitat délaissé. Les politiques publiques et les initiatives privées ne fonctionnent pas toujours ensembles au sein des quartiers.

Alors Pantin est-il devenu le Brooklyn français ?

A Pantin, dans le sillon entamé par la galerie Ropac, les initiatives n’ont pas manqué. Les ateliers Hermès se sont installés non loin du nouveau hub en formation et les anciens Ateliers généraux ont été réhabilités par l’agence de publicité branchée BETC. La comparaison de Pantin avec Brooklyn est largement assumée et revendiquée par l’agence de publicité qui y consacre une page sur son site.

En Ile de France, la ville de Pantin se brooklynise donc à vitesse grand V. Il est prévu la construction d’infrastructures rendants encore plus agréables les bords du Canal de l’Ourcq à la manière des canaux de Miami. Avec comme point de départ, l’installation stratégique d’une galerie de renommée internationale, le maire de Pantin, Bertrand Kern n’envisageait pas forcément que la transition serait aussi rapide.

Pourquoi Ropac a t-il choisi Pantin?

Pantin n’est pas la seule ville de proche banlieue à offrir des friches industrielles. Certes avec notre oeil de géographe, on ne manque pas de remarquer que sa localisation est idéale pour attirer les clients discrets et pressés descendants de leur jet au Bourget. La galerie protégée derrière de hauts murs garantit à ces clients parfois fortunés une discrétion maximale. En bref une situation idéale pour le galeriste comme pour l’acheteur.

Pantin reste très accessible en transport en commun pour les amateurs d’art même si le trajet jusqu’à la galerie n’a pas été pensé pour attirer des promeneurs du dimanche.

Posts created 23

Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut
%d blogueurs aiment cette page :