L’hyperlocalisation des oeuvres d’art

Le marché de l’art a la particularité d’être géographiquement éclaté. Les principaux centres pour la vente d’oeuvres que sont New-York, Paris ou Londres ne concordent pas avec les hubs logistiques d’import / export d’art. Une étonnante dissociation qui s’explique par de multiples spécificités :

  • Les oeuvres d’art en déplacement coutent extrêmement cher en terme d’assurance et donc il est nécessaire de les conserver à proximité d’un hub logistique. Ainsi, le nombre de moyens de transport utilisés dans un même déplacement est réduit au minimum.
  • Toujours dans un souci d’optimiser les coûts liés a l’assurance en Art, les collectionneurs ont besoin d’entrepôts hautement sécurisés pour y déposer leurs biens.
  • Enfin, la valeur d’une oeuvre tient à son excellente conservation, c’est la raison pour laquelle son stockage doit répondre à des règles strictes.

Pour répondre à ces nouvelles exigences, les acteurs de l’art se sont progressivement orientés vers un nouveau type de lieu de stockage que l’on appelle des ports-francs.

Les oeuvres de collectionneurs du monde entier sont désormais regroupés dans de vastes espaces sous douane, sécurisés, à la fiscalité par ailleurs avantageuse car les propriétaires sont exemptés de taxes tant que les oeuvres y séjournent.

On peut qualifier ce regroupement d’hyperlocalisation des collections d’art. La densité des oeuvres dans ces espaces y est 10 fois supérieur par mètre carré à celle du Musée du Louvre par exemple. La tendance a l’hyperlocalisation concerne le stockage mais aussi l’exposition de l’art. Des quartiers dédiés aux marchands d’art existent a Paris, Londres et New-York depuis la fin du 19eme siècle. Un phénomène bien connu mais pourtant récent en ce qui concerne le stockage. Autrefois les entrepôts d’oeuvres étaient en périphérie des capitales et non dans des no-man’s-land adossés a des zones logistiques.

L’éclatement spatial des activités liées a l’art comporte plusieurs avantages. Ainsi sont nés des espaces dignes de la plus belle caverne d’Ali-Baba dans lesquels la variété et la concentration des chefs d’oeuvre n’ont rien à envier aux musées tels que le Louvre ou la Tate Gallery.

Les ports francs, mais plus généralement les espaces de stockage des oeuvres d’art, concentrent des actifs financiers dont les valeurs sont difficiles à estimer. A titre d’illustration, les assureurs ne peuvent plus assurer les marchandises qui entrent aux Ports Francs de Genève pour leur valeur réelle pour la bonne raison que les seuils possibles ont été dépassés. La construction de nouveaux ports francs avaient également pour but de “désengorger” ceux qui étaient plein.

Pour les pays qui abritent des ports francs comme la Suisse, le Luxembourg ou Singapour, ce sont des atouts diplomatiques incontestables. En effet, sur leur sol, dans un espace de quelques centaines de mètres carrés se concentrent des biens culturels appartenant à la fois à des collectionneurs russes, américains, chinois, israéliens, saoudiens…

Quand on sait que l’Art est pour l’ensemble des Etats un outil de soft power assumé, il convient que les acteurs en jeux aient conscience des implications géopolitiques liées à la constitution d’une collection d’art.

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